En bref : TGO et TGP sont les anciens noms des transaminases ASAT et ALAT. Un TGO TGP élevé traduit le plus souvent une souffrance des cellules du foie, rarement grave quand la hausse reste modérée. Les causes de loin les plus fréquentes sont le foie gras lié au surpoids, l’alcool et certains médicaments. La démarche habituelle consiste à recontrôler l’analyse, à compléter le bilan avec le médecin et à agir sur la cause. Une valeur supérieure à dix fois la norme, ou associée à une jaunisse, justifie un avis médical rapide.
Découvrir deux lignes en gras, suivies d’une petite étoile, sur un compte rendu de laboratoire inquiète presque toujours. Pourtant, l’élévation des transaminases fait partie des anomalies biologiques les plus banales en médecine générale : selon les études, elle concerne jusqu’à près d’un adulte sur dix lors d’un bilan de routine. Ce guide vous aide à situer votre chiffre, à comprendre le rapport entre les deux enzymes et à préparer la suite avec votre médecin, sans jamais se substituer à son avis.
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TGO, TGP, ASAT, ALAT : quatre noms pour deux enzymes du foie
La TGO (transaminase glutamo-oxaloacétique) porte aujourd’hui le nom d’ASAT, pour aspartate aminotransférase. La TGP (transaminase glutamo-pyruvique) correspond à l’ALAT, l’alanine aminotransférase. Dans les pays anglo-saxons, on lit aussi SGOT et SGPT. Certains laboratoires affichent encore les deux appellations côte à côte, ce qui explique que la recherche « tgo tgp élevé » reste si courante.
Ces deux enzymes ne racontent pas tout à fait la même histoire. L’ALAT TGP se trouve presque exclusivement dans le foie : c’est le marqueur le plus spécifique d’une atteinte hépatique. L’ASAT TGO est présente dans le foie, mais aussi dans les muscles, le coeur, les reins et les globules rouges. Elle peut donc grimper pour une raison qui n’a rien à voir avec le foie. Lorsque des cellules hépatiques sont abîmées, on parle de cytolyse : elles libèrent leur contenu dans le sang, et le dosage des transaminases augmente.
TGO TGP élevé : situer son chiffre par rapport aux normes du laboratoire
Il n’existe pas de norme universelle. Chez l’adulte, la plupart des laboratoires français placent la limite haute de l’ALAT entre 35 et 45 UI/L chez l’homme et autour de 30 à 35 UI/L chez la femme, celle de l’ASAT se situant généralement vers 35 à 40 UI/L. Seule la fourchette imprimée sur votre propre compte rendu fait foi, car elle dépend de la technique utilisée.
Le réflexe des médecins consiste à exprimer le résultat en nombre de fois la limite supérieure de la normale (LSN). Une ALAT à 84 UI/L pour une limite à 40 UI/L correspond ainsi à environ 2,1 fois la LSN. Ce rapport compte bien davantage que le chiffre brut.
| Niveau d’élévation | Repère | Situations souvent évoquées |
|---|---|---|
| Légère | Moins de 5 fois la LSN | Stéatose hépatique métabolique, consommation d’alcool, médicament, hépatite virale chronique, effort physique récent |
| Modérée | Entre 5 et 10 fois la LSN | Hépatite médicamenteuse, hépatite alcoolique, poussée d’hépatite chronique, hépatite auto-immune |
| Importante | Plus de 10 à 15 fois la LSN | Hépatite virale aiguë, intoxication (notamment au paracétamol), baisse brutale de l’irrigation du foie, migration d’un calcul biliaire |
Ces seuils varient légèrement selon les auteurs. Ils servent à orienter l’enquête, pas à poser un diagnostic : une hausse discrète mais persistante pendant des mois mérite autant d’attention qu’un pic isolé.
Ratio TGO TGP 0,9, supérieur à 1 ou à 2 : lire le rapport ASAT/ALAT
Le rapport ASAT/ALAT, aussi appelé rapport de De Ritis, s’obtient en divisant la valeur de la TGO par celle de la TGP. Avec une ASAT à 45 UI/L et une ALAT à 50 UI/L, il vaut 0,9.
- Inférieur à 1 : l’ALAT domine. C’est le profil classique de la stéatose métabolique et des hépatites virales chroniques sans complication.
- Entre 0,9 et 1,1 : zone neutre, qui n’oriente vers aucune cause en particulier.
- Supérieur à 1 : lorsqu’il s’installe chez une personne ayant une maladie du foie connue, il peut faire suspecter une fibrose avancée. Avec une ALAT normale, il fait aussi penser à une origine musculaire.
- Supérieur à 2 : il évoque traditionnellement une atteinte liée à l’alcool, surtout si les gamma GT sont aussi augmentées.
Un ratio TGO TGP de 0,9 n’a donc rien d’alarmant en lui-même. Il faut surtout retenir qu’un ratio n’a de valeur que si au moins une des deux enzymes sort des normes : avec deux résultats normaux, le calcul ne livre aucune information exploitable. Les lecteurs qui découvrent ce chiffre sur un site de calcul en ligne s’inquiètent souvent à tort.
Pourquoi les transaminases montent : des causes les plus courantes aux plus rares
Stéatose hépatique métabolique, première cause d’ALAT élevée
Rebaptisée MASLD en 2023 par les sociétés savantes internationales (on parlait auparavant de NAFLD ou de « maladie du foie gras »), la stéatose métabolique correspond à une accumulation de graisse dans le foie. Elle toucherait environ un adulte sur trois dans le monde selon les estimations récentes. Elle accompagne le surpoids, un tour de taille élevé, le diabète de type 2, l’excès de triglycérides ou l’hypertension. L’élévation reste souvent légère, avec une ALAT supérieure à l’ASAT.
Alcool : un profil souvent dominé par l’ASAT
Une consommation régulière, même sans ivresse, peut suffire. Le tableau typique associe une TGO plus haute que la TGP, des gamma GT augmentées et parfois un volume des globules rouges (VGM) élevé. Pour mémoire, les repères de Santé publique France recommandent de ne pas dépasser 10 verres standard par semaine, 2 verres par jour au maximum, avec des jours sans alcool.
Médicaments, plantes et compléments alimentaires
La liste des molécules capables de perturber le foie est longue. Les plus souvent citées en pratique sont le paracétamol à forte dose ou pris avec de l’alcool, l’association amoxicilline et acide clavulanique, certains anti-inflammatoires, les statines (avec une hausse généralement modeste), certains antiépileptiques et antituberculeux. Les compléments alimentaires ne sont pas anodins non plus : extraits concentrés de thé vert, curcuma à forte dose, compléments pour la musculation ou certains mélanges « détox » ont été associés à des atteintes hépatiques. Les inhibiteurs de la pompe à protons sont rarement en cause, mais si vous prenez par exemple du Pantoprazole 20 mg au long cours, mentionnez-le au même titre que tout autre traitement. N’arrêtez jamais un médicament prescrit sans en parler à votre médecin.
Hépatites virales B, C et E
Les hépatites B et C chroniques donnent souvent une élévation modérée et fluctuante, parfois sans aucun symptôme pendant des années. L’hépatite E, transmise notamment par la viande de porc ou de gibier insuffisamment cuite, est plus fréquente en France qu’on ne le pense. Une simple sérologie permet de faire le point.
Muscles, thyroïde, grossesse : les causes moins attendues
Un entraînement intense, une séance de musculation, un trail ou un déménagement dans les jours précédant la prise de sang peuvent faire grimper l’ASAT, et parfois l’ALAT. Le dosage des CPK, enzymes musculaires, aide alors à trancher. Parmi les autres pistes figurent l’hypothyroïdie, la maladie coeliaque, l’hémochromatose (surcharge en fer d’origine génétique), l’hépatite auto-immune ou, chez les sujets jeunes, la maladie de Wilson.
Pendant la grossesse, une hausse des transaminases au troisième trimestre fait rechercher une cholestase gravidique, surtout en cas de démangeaisons, ou un syndrome HELLP lorsque la tension s’élève. Ce résultat se surveille avec la même rigueur que la Protéinurie en Grossesse, autre indicateur suivi de près par la sage-femme ou l’obstétricien.
Après un TGO TGP élevé : examens complémentaires et score FIB-4 en 2026
Face à une hausse légère chez une personne en forme, le médecin propose souvent de refaire l’analyse quelques semaines plus tard, en évitant le sport intense et l’alcool dans les jours qui précèdent. Si l’anomalie persiste, ou d’emblée si elle est plus marquée, il élargit l’enquête :
- gamma GT, phosphatases alcalines et bilirubine, pour distinguer une cytolyse d’une cholestase ;
- taux de prothrombine et albumine, qui renseignent sur la capacité du foie à fabriquer des protéines ;
- numération formule sanguine, avec le compte des plaquettes ;
- sérologies des hépatites B et C, et parfois E ;
- ferritine et coefficient de saturation de la transferrine ;
- glycémie à jeun ou hémoglobine glyquée, cholestérol et triglycérides, TSH ;
- échographie abdominale, pour visualiser la graisse, la forme du foie et les voies biliaires.
Les gamma GT jouent un rôle de boussole : leur association avec les transaminases oriente vers l’alcool ou une gêne à l’écoulement de la bile. Notre dossier sur le Gamma GT élevé détaille cette lecture croisée. Pour une vue d’ensemble de chaque paramètre, le guide Bilan Hépatique Complet reprend les marqueurs un par un.
Depuis quelques années, un calcul simple s’est imposé en médecine de ville : le score FIB-4. Il combine l’âge, l’ASAT, l’ALAT et les plaquettes pour estimer le risque de fibrose. Les recommandations européennes EASL publiées en 2024 sur la MASLD, relayées en France par l’Association française pour l’étude du foie (AFEF), retiennent les repères suivants : un score inférieur à 1,30 rend une fibrose avancée peu probable, un score supérieur à 2,67 la rend probable et justifie un avis spécialisé. Entre les deux, une élastométrie (FibroScan) permet de mesurer la dureté du foie sans biopsie. Après 65 ans, le seuil bas est souvent relevé à 2,0, car l’âge augmente mécaniquement le score.
Transaminases très élevées : les signes qui ne doivent pas attendre
Dans la grande majorité des cas, un TGO TGP élevé se gère sans urgence. Certaines situations imposent néanmoins de consulter le jour même ou d’appeler le 15 :
- des valeurs supérieures à 10 ou 15 fois la limite haute ;
- une jaunisse (peau ou blanc des yeux jaunes), des urines très foncées ou des selles décolorées ;
- une douleur vive sous les côtes à droite, avec ou sans fièvre ;
- une confusion, une somnolence inhabituelle, des saignements ou des bleus spontanés ;
- une prise de paracétamol supérieure aux doses recommandées, même sans symptôme, car l’atteinte du foie peut apparaître avec retard.
Comment baisser le taux de transaminases : agir sur la cause
Aucun aliment miracle ni aucune tisane ne fait baisser les transaminases à lui seul. Le chiffre redescend quand la cause disparaît ou s’atténue. Dans la stéatose métabolique, qui représente l’immense majorité des cas, les recommandations convergent vers quelques leviers éprouvés :
- Perdre du poids progressivement : une perte de 5 % du poids réduit la graisse du foie, et une perte de 7 à 10 % améliore l’inflammation hépatique selon les recommandations européennes.
- Bouger régulièrement : 150 à 300 minutes d’activité modérée par semaine, comme la marche rapide ou le vélo, complétées si possible par du renforcement musculaire.
- Réduire ou arrêter l’alcool : en cas d’origine alcoolique, l’arrêt est la mesure la plus efficace.
- Limiter les sucres rapides et les boissons sucrées, riches en fructose qui favorise la graisse hépatique, au profit d’une alimentation de type méditerranéen.
- Faire le tri dans ses compléments avec un médecin ou un pharmacien, et revoir les traitements potentiellement en cause.
- Le café, consommé sans sucre en quantité raisonnable, est associé dans de nombreuses études à un foie en meilleure santé : c’est une association observée, pas un traitement.
Le sommeil, sujet central sur ce blog, mérite une place à part. L’apnée obstructive du sommeil, qui fait chuter l’oxygène dans le sang pendant la nuit, est associée à une stéatose plus fréquente et plus sévère. Les nuits courtes et le travail de nuit perturbent aussi le métabolisme du sucre et des graisses. Si vous ronflez fort, vous réveillez fatigué ou somnolez dans la journée, parlez-en au médecin : traiter une apnée peut contribuer à l’amélioration du bilan. Pour aller plus loin sur l’oxygénation, consultez nos 10 Méthodes Efficaces pour Augmenter le Taux d’Oxygène dans le sang.
Côté délais, la patience est de mise. Après l’arrêt de l’alcool ou d’un médicament responsable, les valeurs se normalisent souvent en quelques semaines. Avec une perte de poids, l’amélioration se mesure plutôt sur trois à six mois. Un contrôle trop précoce peut décourager à tort.
Erreurs fréquentes face à une prise de sang hépatique perturbée
- Comparer des résultats issus de laboratoires différents sans tenir compte de leurs normes respectives.
- Oublier de signaler un effort physique récent, qui peut à lui seul expliquer une TGO haute.
- Se lancer dans une cure détox à base de plantes : certaines préparations sont elles-mêmes toxiques pour le foie.
- Tout miser sur le ratio ASAT/ALAT, alors qu’il ne remplace ni les valeurs absolues ni le reste du bilan.
- Négliger une hausse légère qui dure : au-delà de six mois, elle doit être explorée, même sans aucun symptôme.
- Croire qu’un résultat normal exclut toute maladie : une cirrhose installée peut s’accompagner de transaminases dans les normes, d’où l’intérêt du FIB-4 chez les personnes à risque.
Votre compte rendu n’est qu’une photographie à un instant donné. Gardez vos anciens résultats, notez vos traitements, compléments et habitudes de vie, puis apportez le tout en consultation : c’est la meilleure façon d’obtenir une interprétation fiable et adaptée à votre situation.
+Un TGO TGP élevé après une séance de sport est-il normal ?
Oui, c’est fréquent. Un effort intense abîme temporairement des fibres musculaires, ce qui libère surtout de l’ASAT, parfois de l’ALAT. L’élévation disparaît en général en quelques jours. Pour un contrôle fiable, évitez l’entraînement soutenu durant les deux à trois jours précédant la prise de sang et signalez votre pratique sportive au médecin.
+Une ALAT TGP élevée avec une ASAT normale, que faut-il en penser ?
Ce profil oriente plutôt vers le foie, puisque l’ALAT y est presque exclusivement concentrée. Il se rencontre souvent dans la stéatose métabolique ou une hépatite virale chronique débutante. Une hausse légère et isolée se recontrôle d’abord, puis le bilan est élargi si elle persiste.
+À partir de quel taux de transaminases faut-il consulter sans attendre ?
Au-delà de 10 fois la limite supérieure de la normale, ou dès qu’apparaissent jaunisse, urines foncées, confusion ou douleur abdominale intense, un avis médical le jour même s’impose. En dessous de ce seuil et sans symptôme, un rendez-vous programmé avec le médecin traitant suffit le plus souvent.
+Le manque de sommeil ou le stress peuvent-ils faire monter les transaminases ?
Le stress seul n’explique pas une hausse durable. En revanche, un sommeil chroniquement écourté et surtout l’apnée du sommeil sont associés à la stéatose hépatique, première cause d’ALAT élevée. Ils agissent donc de manière indirecte, ce qui justifie d’en parler en consultation.
+En combien de semaines les transaminases peuvent-elles revenir dans les normes ?
Tout dépend de la cause. Comptez souvent deux à six semaines après l’arrêt d’un médicament en cause ou de l’alcool, quelques jours après un effort sportif, et plusieurs mois lorsqu’il s’agit de perdre du poids pour réduire une stéatose. Le médecin fixe le rythme des contrôles en conséquence.